Hommage à Pierre Declercq

Publié le par NAYO




Eloi Machoro et Pierre Declercq

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En mémoire de Pierre Declercq
Vingt-sept ans après son décès, la mémoire de Pierre Declercq est toujours honorée. Par les membres de sa famille, mais aussi par ses anciens camarades de lutte. Autour de la tombe de l’ancien secrétaire général de l’Union calédonienne, au cimetière de La Conception, vendredi soir, des membres du parti et du FLNKS tels que Gérard Reignier, Caroline Machoro, Françoise Caillard, Damien Yeiwéné, mais aussi le syndicaliste Gérard Jodar et d’autres qui l’ont connu dans le cadre du gouvernement Tjibaou, comme Max Chivot. « C’était un homme qui doit nous servir d’exemple, tout simplement », a déclaré Gérard Jodar. « Je crois que le devoir de mémoire, c’est de rappeler le sang versé pour qu’il n’y en ait plus, a poursuivi Gérard Reignier, secrétaire général de l’UC. Le travail que Pierre et d’autres ont accompli, c’est celui que nous devons continuer et nous venons ici chaque année chercher un peu de force. » La cérémonie s’est ensuite poursuivie par une messe à la chapelle de Robinson.




Art de Pierre Maillot

 

 


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Le 19 septembre 1981, Pierre Declercq, secrétaire général de l'Union Calédonienne, était lâchement assassiné à son domicile, à Robinson, près de Nouméa, d'un coup de fusil tiré au travers de la fenêtre. Il laissait une femme, Maguitte et trois filles: Marie-Ancilla, Stéphanie et Pauline, âgées respectivement de 13, 11, 9 ans. Vingt ans plus tard, son assassin court toujours mais le peuple kanak et les forces progressistes du pays se souviennent de celui qui fut désigné comme le "premier martyr blanc pour l'indépendance kanak".

Propos recueillis auprès de Djopaipi, un proche de Pierre Declercq et l'un des fondateurs du comité Pierre Declercq:

"En ce samedi 19 septembre, Pierre travaillait à son bureau, épluchait les dossiers. Il tenait à jour un cahier, presque un journal dans lequel il consignait ses rencontres, ses notes de lecture. C'était pour lui un moyen de se cadrer. Pierre avait été élu Secrétaire Général de l'Union Calédonienne au Congrès d'Azareu (Bourail). A ce poste il avait en charge l'organisation de la vie du mouvement. C'est à ce Congrès que l'U.C. a opté pour l'indépendance.
La deuxième moitié des années 70 est marquée par l'émergence du mot d'ordre d'indépendance, fondée sur la revendication culturelle, l'identité kanak, et sur la revendication des terres.
La revendication foncière fait peur. Des caldoches d'extrême droite s'arment, s'organisent: le M.O.P., Mouvement pour l'ordre et le progrès, milice dirigée par Morini fait son apparition. Le R.P.C.R. apparaît sur la scène politique. Certains, la F.N.S.C., croient encore à ce qui a toujours été une utopie dans les colonies: une troisième voie entre l'indépendance et le rattachement à la France. Le mouvement indépendantiste déploie une intense activité diplomatique dans la région Pacifique. Non sans succès: les Eglises protestantes et le Forum du Pacifique se prononcent pour l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie. Rock Pidjot (U.C.) est reçu par Mitterrand considéré ici comme le chef de file de "la coalition socialo-communiste". La panique gagne également les services de police, les fonctionnaires installés. En Août 1981, Emmanuelli prononce un discours choc à l'Assemblée Territoriale qui "traumatise" la population caldoche. Cependant le Front Indépendantiste, créé en 1979, se divise lors des législatives de 1981.
C'est dans ce contexte tendu que se situe l'assassinat de Pierre Declercq. Un assassinat politique, évidemment."

Au lendemain du crime, plusieurs barrages sont dressés, à Canala, à l'île Ouen sur le terrain d'aviation et au col de la Pirogue où le Tour cycliste de Calédonie est interrompu. La presse coloniale s'attache à inverser les rôles: en substance, si Pierre est mort, c'est de sa faute. Elle suscite la peur parmi la population d'origine européenne, attise la haine contre les kanak et contre ceux qui épousent leur cause. Ainsi certains n'hésitent pas à dire: "s'il avait été descendu il y a dix ans, on n'en serait pas là aujourd'hui". Car bien entendu, pour nombre de calédoniens, rien ne serait jamais arrivé s'il n'y avait pas eu ces métros venus monter la tête à ces braves mélanésien avec lesquels tout se passait si bien avant, n'est-ce pas? Le 22 septembre à l'appel des syndicats, une heure de grève générale est décrétée. Le mercredi 23 un immense cortège accompagne Pierre Declercq jusqu'à la Conception où il reposera. En cette terre kanak pour laquelle il a versé son sang.

Le 24 septembre 1981, jour anniversaire de la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie en 1853 par le contre-amiral Febvrier-Despointes, jour de deuil kanak, l'Avenir, le journal de l'U.C. déclare "le peuple kanak n'a jamais accepté cet acte colonial par lequel la France se donnait le droit de lui voler ses terres, de se substituer à ses chefs, de piller son patrimoine".

"L'enquête sera lente et pour le moins légère", poursuit Djopaïpi. "Ajoutez un juge d'instruction tout jeune dont c'est la première affaire! Dans la semaine suivant la mort de Pierre, une personne connue comme un indicateur de la D.S.T., Michel Capuano, livre deux nom: Michel Canon et Martin Barthélémy. Pour quelle raison la D.S.T. a-t-elle fait son apparition dans cette affaire? Si elle n'avait pas été concernée, elle n'avait aucune raison de s'impliquer. S'agissait-il de brouiller les pistes? On peut le penser. En effet au bout de deux ans, Capuano se rétracte. Scénario parfait. La conspiration du silence s'épaissit, l'omerta règne. Canon, dont le juge à l'intime conviction qu'il est le coupable, nie. Il niera toujours. Soutenu par la presse de droite qui en fait une victime, il ne craquera pas. Conséquence de la loi d'amnistie du 10 janvier 90, une ordonnance de non-lieu mettra fin en mars 1990 à l'action publique à leur encontre. L'affaire est close. Définitivement. Quand bien même de nouvelles pièces seraient portées au dossier. Les assassins courent toujours et resterons à jamais impunis."

Mais la mobilisation populaire autour de l'affaire ne se dément pas et, en 1982, naît le Comité Pierre Declercq. Il prendra en charge dans l'unité de toutes les composantes du mouvement indépendantiste, la défense des victimes du colonialisme français, des dix de Tiendanite aux dix-neuf d'Ouvéa.

Si l'assassinat de Pierre Declercq visait à décapiter, à intimider et à réduire le mouvement indépendantiste, le résultat fut inverse: cet assassinat politique a resserré les rangs et a marqué le début d'une montée en puissance de la mobilisation unitaire pour l'Indépendance Kanak Socialiste.

Celui qui succèdera à Pierre Declercq, au poste de secrétaire général de l'UC, sera Eloi Machoro... Il sera abattu par les troupes d'élite de l'armée française en compagnie de Marcel Nonnaro le 12 janvier 1985...

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