Déclaration de Didier Leroux au Congrès

Publié le par NAYO

Monsieur le Président, Mes Chers Collègues,

En tant qu’élus nous avons la responsabilité de gérer les collectivités et leurs salariés au mieux de l’intérêt général. A ce titre, il nous revient de voter les rémunérations des agents employés dans les différents services publics. Or, depuis un mois, le fonctionnement de l’administration est paralysé par des mouvements de grève multiples occasionnant une gêne insupportable à la population.

L’intérêt général commande que nous essayions de remettre un peu de cohérence et de justice dans les systèmes de primes accordées aux différents agents, dans différents services. Mais l’intérêt général veut aussi que nous soyons responsables et que nous sachions, lorsqu’il le faut, tenir compte des réalités économiques de notre pays et rester dans les limites de ce que nos collectivités peuvent supporter sans hypothéquer l’avenir.

Dans le secteur privé les chefs d’entreprise regardent ce que nous faisons avec inquiétude. Eux sont obligés de tenir compte des contraintes économiques qui pèsent sur leur exploitation. Les salariés n’y bénéficient pas de la sécurité de l’emploi comme dans l’administration, les salaires de départ y sont très largement inférieurs à ceux de la fonction publique, et les revalorisations de salaires annuelles y varient entre 1 et 3%. C’est pourquoi, pour beaucoup de Calédoniens, le niveau des revendications des différents services, pour légitimes que soient certaines d’entre elles, apparaît totalement déraisonnable.

Il est vrai que ces questions ont été gérées au coup par coup, depuis plusieurs années, sans beaucoup de cohérence.

Des avantages ont été accordés, souvent sans justification réelle, à des services qui adressaient leurs revendications de façon isolée, tantôt au membre du gouvernement dont ils dépendaient, tantôt directement aux groupes politiques du Congrès. De fil en aiguille, la situation est devenue inextricable. Devant l’attribution de primes au coup par coup, ceux qui n’en avaient pas se sont mis à en réclamer une pour ne pas être en reste… et ceux qui en avaient déjà une, ont réclamé une augmentation de la leur afin de maintenir la différence qui les distinguait des autres… Cette escalade n’a pas de raison de s’arrêter !  C’est le parfait cercle vicieux….

Dans un sursaut de responsabilité, afin d’éviter les surenchères des uns ou des autres, le gouvernement et les différents groupes politiques du Congrès ont décidé de faire front commun. A l’unanimité des groupes politiques il fut décidé de proposer aux grévistes une solution unitaire, généreuse, aussi cohérente que possible, représentant une dépense supplémentaire immédiate de 232 millions pour la Nouvelle-Calédonie et plus d’un milliard CFP en incluant les Provinces. Ces propositions furent traitées de « cacahuètes » par un responsable syndical…

La défense de l’intérêt général aurait voulu que les élus se tiennent alors fermement sur ces positions.

Au cours de toutes les réunions que nous avons tenues, les représentants de la Province Sud n’ont eu de cesse de dire que nous ne pouvions pas donner plus. Que les coûts pour la Province Sud seraient insupportables, qu’il fallait penser aux répercussions sur le secteur privé. Reflétant ces positions, les déclarations de fermeté de Philippe Michel provoquaient la colère des grévistes et le mouvement reprit de plus belle, alors que certaines directions étaient retournées au travail. Le Vendredi 14 Novembre, après de nouvelles discussions avec les services en grève, de nouvelles propositions furent élaborées avec l’ensemble des groupes. Philippe Michel, au nom de Calédonie Ensemble refusait alors de les signer, les jugeant trop coûteuses. C’était reculer pour mieux sauter !

Coûteuses elles l’étaient effectivement, mais elles avaient le mérite de chercher à retrouver une certaine cohérence. Il s’agissait de procéder en deux temps, dans un premier temps en attribuant des primes aux agents qui n’en bénéficiaient pas encore, dans un deuxième temps en révisant les grilles des conventions collectives et de la filière technique.

Les Calédoniens ont le droit de savoir de quoi sont faites les « cacahuètes » que proposaient le gouvernement et l’ensemble des groupes. Pour les agents ne bénéficiant d’aucune prime, il s’agissait d’une prime catégorielle mensuelle de 36.000 Francs pour les agents de catégorie A, de 25.600 pour les catégories B, de 21.000 pour les catégories C et de 18.050 pour les catégories D. Pour les agents des conventions collectives, une prime mensuelle uniforme de 13.000 FCFP. Pour les agents des corps techniques, une prime mensuelle uniforme de 25.600, de façon temporaire en attendant la refonte du statut de la filière technique. A cela s’ajoutait une prime mensuelle spécifique de 23.750 pour les agents remplissant des fonctions d’inspection et de 19.000 pour les contrôleurs. Les agents de la DBAF recevaient pour leur part une prime mensuelle de 12.350 et ceux de la DSF une prime mensuelle de 19.000. Dans le secteur privé, un tel niveau d’augmentation généralisé, c’est du jamais vu !

Malheureusement, une fois le Président du Gouvernement parti à Paris, les bonnes résolutions s’envolèrent. On vit le Président du Congrès proposer une médiation à la Direction du Budget et à la Direction des Services fiscaux pour sortir de la crise. Puis ce fut au tour des responsables de la Province Sud de s’en mêler… L’occasion était trop belle pour ne pas essayer de faire un coup politique et médiatique en cette période pré-électorale afin d’essayer d’apparaître comme les sauveurs. L’occasion était trop belle pour ne pas en profiter et enfoncer, avec l’arrogance et la suffisance qui les caractérise, le gouvernement qui avait été, selon eux, incapable de gérer la crise. Ils vont nous expliquer qu’ils ont tout réglé et que c’est grâce à eux que la situation redeviendra normale et qu’ils ont agi au nom de l’intérêt général des Calédoniens pénalisés par ces grèves…

Il faut espérer que ces manœuvres politiciennes et démagogiques ne tromperont personne, car les dirigeants de la Province Sud ont en fait sacrifié l’intérêt général du pays à un hypothétique profit électoral.

Nous avons donc examiné hier en commission les différents amendements proposés par Calédonie Ensemble. Il est certain que si nous avions adopté dès le départ les solutions proposées par le Philippe Gomes, il n’y aurait pas eu de grève tant il est vrai qu’il est tellement plus facile, mais tellement moins responsable, de céder tout de suite.

Mais ce qui est plus grave, c’est que ces propositions ne sont pas cohérentes. Il avait été décidé d’agir en deux phases : Une phase visant à rétablir une plus grande équité et une phase de refonte globale des régimes indemnitaires en fonction des métiers concernés.

Les propositions qui sont faites sortent de la logique de ces deux phases. En instituant une prime forfaitaire mensuelle de 27 points soit 25.600 FCFP à tous les agents (techniques ou administratifs) appartenant à des directions qui bénéficient déjà de primes catégorielles pour les administratifs et de primes de technicité pour les autres, on s’éloigne de l’équité recherchée et on renforce l’inégalité entre les directions. A la DASS et à la DTE par exemple, les agents n’ont que les primes catégorielles. Cette proposition va relancer les revendications dans les autres directions qui demanderont à bénéficier de la prime catégorielle et de la prime forfaitaire de 27 points.

Alors, on pourrait comprendre les propositions visant à anticiper et à étendre ces dispositions aux agents des provinces qui ne manqueront pas de vouloir en bénéficier eux aussi. Mais elles sont porteuses de nouvelles revendications et n’éteindront que partiellement le mouvement. L’impression qui domine, c’est qu’à l’approche des élections le Président de la Province Sud fait n’importe quoi pour se donner le beau rôle, à moins que… sachant la partie déjà perdue pour lui, il n’ait délibérément choisi de miner le terrain pour son successeur.

Cela dit, à quelques mois des élections, cette agitation n’est pas innocente. Elle rappelle furieusement des méthodes que l’on croyait disparues… Il faut se souvenir du saccage du rond-point Berthelot par Sylvain Néa, et de l’augmentation du SMIG octroyée dès le lendemain par Jacques Lafleur afin de torpiller le pacte social. L’utilisation de mouvements sociaux orchestrés à des fins politiciennes pour déstabiliser les institutions n’est pas nouvelle. De là à penser que certains meneurs s’en sont fait les complices, consciemment ou non, il n’y a qu’un pas !

Didier LEROUX
Groupe politique Avenir Ensemble

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