182 millions d'amende pour le centre Tjibaou

Publié le par NAYO

art de pierre chatel

 

Les lamellés-collés du centre culturel Tjibaou étaient au cœur d’une bataille judiciaire vieille de dix ans entre la société qui a réalisé les travaux et le maître d’ouvrage, l’ADCK. Le Conseil d’État vient de mettre un point final à la procédure, en condamnant l’ADCK à débourser 182 millions de francs supplémentaires.

Ils constituent l’aspect le plus remarquable et le plus original du centre culturel Tjibaou. Les fameux « lamellés-collés » des dix cases circulaires, dont certains atteignent 28 mètres de hauteur, ont fait la réussite architecturale et la renommée mondiale de l’ouvrage, conçu par Renzo Piano. Pourtant, depuis 1995, date du lancement des marchés, ces lamellés-collés en bois d’iroko du Ghana et en acier ont été au centre d’une bataille juridique. Le Conseil d’État, plus haute juridiction administrative, vient de siffler la fin de la partie en condamnant l’ADCK à verser 182 millions de francs (1,2 million d’euros) à la société qui en a assuré la construction.
En 1995, c’est la société Paul Mathis, leader français de la construction en bois de lamellés-collés, qui remporte ce marché. À l’époque, l’idée de Renzo Piano est véritablement novatrice et fait figure de prototype. Raison pour laquelle cette société reprend de fond en comble les calculs du cabinet d’architecte jusqu’à les revoir totalement. Dans son arrêt du 3 octobre dernier, le Conseil d’État parle d’ailleurs d’« erreur de la conception de la maîtrise d’œuvre ».

« Au départ, nous avions voulu transiger à hauteur de 100 millions. La société n’a pas accepté. »

Et bien évidemment, Paul Mathis présente la facture au maître d’œuvre : 200 millions en plus des 599 millions que représentent les lots 3 et 4 (lamellés-collés et habillage extérieur). Pour la société, ce surcoût l’a également mise dans une situation financière difficile : en 1996, elle est placée en redressement judiciaire.
« Au départ, nous avions voulu transiger à hauteur de 100 millions, explique Emmanuel Kasarhérou, directeur du centre culturel. La société n’a pas accepté. » C’est le début de la bataille d’avocats. « Nous avons demandé à la justice d’avoir accès aux comptes de la société, afin de prouver la réalité de ce surcoût qu’elle a avancé, mais en vain », précise encore Emmanuel Kasarhérou, qui reconnaît au passage la « qualité remarquable du travail » effectué par Paul Mathis.
En 2001, le tribunal administratif donne pourtant raison à l’ADCK. Mais, dix ans plus tard, la cour administrative d’appel infirme le jugement. L’ultime recours devant le Conseil d’État n’y a donc rien changé. Au final, assure Emmanuel Kasarhérou, ces 182 millions constituent le seul dépassement financier du projet, dont l’enveloppe globale s’élevait à 3,5 milliards de francs, intégralement financés, à l’époque, par le secrétariat d’Etat aux Grands Travaux.

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