Lettre à nos concitoyens calédoniens Charles Deschamps et Sarimin J. Boengkih

Publié le par NAYO

 

Lettre à nos concitoyens calédoniens


Comme tout être humain vrai, nous avons rêvé sur l’élection de M. Barack Obama à la présidence des Etats-Unis d’Amérique.
Comme Mme Claudine Jacques de Boulouparis-Berepwari, nous avons été choqués par les actes imbéciles de quelques individus incapables d’être si ce n’est dans l’obscurantisme.
Alors nous avons voulu, en adaptant quelques paragraphes extraits des discours de M. Obama, vous adresser un appel à vous intéresser à nouveau à notre destin commun et à contribuer à le bâtir.
L’histoire respective de chacun est une partie d’une histoire calédonienne plus large et nous avons une dette envers tous ceux qui sont venus avant nous.
Nous devons nous réunir pour affirmer la grandeur de notre pays, non pas grâce au montant des transferts financiers de la France, ou la puissance de nos véhicules, ou le potentiel de notre économie. Nous devons asseoir notre fierté sur un simple prémisse, résumé dans la Déclaration Universelle des droits humains : “Tous les hommes naissent égaux en dignité et en droit”. Ceci est le vrai génie de l’humanité, la foi dans les rêves simples d’un peuple, la possibilité de petits miracles.
Il n’y a pas de Calédonie blanche, de Calédonie noire, de Calédonie jaune ; il y a, au nom de cette égalité en dignité, la Kanaky-Nouvelle-Calédonie. Nous sommes un peuple, nous tous contribuons à faire allégeance à cette terre où dorment nos ancêtres, où vivront nos arrière-petits-enfants.
Refusons de faire partie de la société du cynisme et préférons celle de l’espoir. Nous ne parlons pas d’optimisme aveugle, avec cette ignorance quasi volontaire qui croit que les inégalités s’en iront si nous nous contentons de ne pas en parler, ou que la crise identitaire se résoudra toute seule si nous nous contentons de l’ignorer. Non, nous parlons de quelque chose de plus substantiel, de l’espoir. L’espoir d’un peuple spolié de ses terres mais retrouvant son identité ; l’espoir des hommes faits prisonniers ou esclaves venus de quelques terres d’Afrique ou d’Asie assis autour d’un feu et chantant la liberté ; l’espoir d’immigrés définissant des rives lointaines d’Europe ou des Caraïbes; l’espoir d’un fils d’exclus qui ose défier la chance ; l’espoir d’un enfant maigrichon d’une tribu qui croit que l’avenir a une place pour lui aussi. L’audace de l’espoir !
Nous devons nous unir parce que tous nous croyons en ce que notre pays peut être. Face à la guerre, nous croyons qu’il peut y avoir la paix. Face au désespoir, nous croyons qu’il peut y avoir de l’espoir. Face à des politiques qui excluent, qui divisent depuis trop longtemps, nous croyons que nous pouvons être un seul peuple.
Les gens qui aiment leur pays peuvent le changer. C’est ce que d’autres avant nous ont compris. Ils avaient leurs doutes. Ils avaient leurs défaites. Mais à travers leur volonté et leurs engagements, ils ont fait bouger ce pays et aider son peuple à se libérer de desseins occultes qui ne pouvaient que mener à sa perte. Parce que des milliers de personnes ont rallié leur cause, nous ne sommes plus divisés entre nord et sud, exclus et privilégiés. Parce que des hommes et des femmes de toutes origines ont continué de marcher pour la liberté après que nos prédécesseurs eurent été mis au repos, aujourd’hui nous avons la chance de pouvoir affronter les défis du millénaire ensemble, comme un seul peuple, comme des Calédoniens.
Il est temps de tourner la page.


Il y a vingt ans, un groupe d’hommes s’est rassemblé en un lieu de l’autre côté de la planète, et avec une volonté inébranlable parce que salvatrice, ont lancé l’aventure inouïe de la Nouvelle-Calédonie réconciliée.
Hommes et femmes de cultures différentes, de toutes croyances, légitimes héritiers de cette Autochtonie qui a façonnée cette terre depuis des millénaires et filles et fils de ceux qui avaient traversé les océans cherchant des horizons plus prospères ou fuyant la tyrannie et les persécutions, donnèrent enfin forme à leur déclaration de vouloir vivre ensemble.
Depuis, d’autres ont continué et ont signé un document rédigé, mais non encore achevé, pour que leurs enfants se chargent à leur tour d’écrire l’avenir de leur pays. Ce document portait le stigmate du péché originel de la colonisation, un problème qui divisait le peuple et faillit faire échouer les travaux de la réconciliation jusqu’à ce que cette nation, mère-patrie de ceux qui voulaient un retour au siècle des inégalités, décide de mettre fin à l’incompréhension et de laisser aux générations liées à la terre le soin de l’achever.
Nous avons choisi de vous appeler à nous rassembler, à nous unir, à ce moment de l’histoire parce que nous croyons profondément que nous ne pourrons résoudre les problèmes de notre temps que si nous les résolvons ensemble, que nous ne pourrons parfaire l’union que si nous comprenons que nous avons tous une histoire différente mais que nous partageons de mêmes espoirs, que nous ne sommes pas tous pareils et que nous ne venons pas du même endroit mais que nous voulons aller dans la même direction, vers un avenir meilleur pour nos enfants et petits-enfants. Un destin commun.

Charles Deschamps Sarimin J. Boengkih

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