Un Calédonien sur quatre touché par la pauvreté

Publié le par yeteii


art de Mathurin Derel paru dans es nouvelles calédoniennes
Selon l’étude macroéconomique menée récemment en Nouvelle-Calédonie, les inégalités demeurent importantes malgré une réduction dans certains domaines au cours de la dernière décennie.Et si la croissance se tasse un peu à l’avenir, l’étude relativise l’impact de la crise du nickel sur le reste de l’économie.

Dix ans de progrès économique et social. C’est l’intitulé choisi par l’IEOM, l’AFD et l’ISEE pour la première partie de leur étude CEROM (Comptes économiques rapides de l’outre-mer) que l’on peut résumer en deux chiffres : 3,7 qui représente la croissance moyenne du PIB entre 1998 et 2007, et 2 parce que la croissance du PIB du Nord représente aujourd’hui deux fois celle du Sud. Résumer pareil travail est toutefois réducteur, tant il est riche en informations sur la décennie qui vient de s’écouler.
Sur la croissance, notamment, dont on a beaucoup parlé à l’occasion du « cru exceptionnel » de 2007. On y apprend qu’elle a été portée par nos habitudes et, en premier lieu, de consommation. La consommation des ménages l’a en effet tirée pour près de moitié. Autre facteur clef : l’investissement, dont la place dans le PIB devrait être croissante dans les années à venir. Ce fort développement économique nous place aujourd’hui en haut du classement en terme de produit intérieur brut par habitant, à savoir 34e sur 177 pays.
Si elle a atteint un niveau de PIB comparable à n’importe quelle région française, loin devant les DOM, la Nouvelle-Calédonie reste une terre d’inégalités, avec un Calédonien sur quatre touché par la pauvreté. Le coefficient de Gini (indice qui mesure l’inégalité*) était en 2006 de 0,5 soit le même que celui du... Zimbabwe. Henry-Philippe de Clercq, le directeur de l’IEOM, a toutefois souligné que sur certains plans, les inégalités entre les provinces avaient reculé, en particulier sur l‘accès à l’éducation et l’espérance de vie.

La croissance du PIB du Nord représente aujourd’hui deux fois celle du Sud.

Mais voilà, les grandes agapes sont désormais derrière nous. Le spectre de la crise rôde. « Les Calédoniens ont fait preuve de force dans l’adversité et la crise sera ce que les Calédoniens décideront », a souligné le directeur de l’IEOM. Entendre par là que modifier les habitudes de consommation influencera directement l’un des premiers facteurs de la croissance : la consommation.
Aucun indicateur n’annonce toutefois de ralentissement. A ce bon présage s’ajoute celui des investissements. Dans la mine, pour commencer : environ 455 milliards sont attendus dans les dix prochaines années. Si une grosse partie des financements est garantie, la crise laisse cependant une large place aux doutes, particulièrement si elle devait perdurer.
En cas de coup dur pour le nickel, la demande publique (Médipôle de Koutio, aéroport, VKP, logement social ou encore Jeux de 2011) pourrait compenser, en partie, le ralentissement. Ces investissements, comprenant ceux du tourisme, atteignent près de 280 milliards sur dix ans. Autant d’atouts qui permettront de s’attaquer à deux problématiques de taille, d’après Luc Supera, le directeur de l’AFD, à savoir la « gestion de la cohésion sociale nécessaire pour maintenir la croissance et la politique de performance des entreprises ».

* 0 étant l’égalité parfaite et 1, l’inégalité parfaite.
** Notre croissance est qualifiée d’intensive, c’est-à-dire qu’elle est davantage liée au capital qu’à la productivité du travail.
IEOM, Institut d’Emission d’Outre-Mer
AFD, Agence Française de Développement
ISEE, Institut de la Statistiques et des Etudes Economiques

 

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