Baccalauréat 2008 : un grand cru mais pour qui ?

Publié le par yeteii


Voici un article très instructif sur la situation réel du Kanak dans la réussite du Bac au pays,
Art de Jean France Toutikian( palika) et Maguitte Declerc( UC). Tableau récupéré sur "Kanaky on line".

Baccalauréat 2008 : un grand cru mais pour qui ?


ette année 2008 nous apporte quelques motifs de satisfaction : 93 bacheliers kanak dès le premier tour dans les sections générales. Parmi eux, quelque 22 mentions (surtout des mentions Assez Bien, mais tout de même !) et puis un début de correction locale des épreuves du premier groupe : histoire géographie et japonais. En ce qui concerne les sections technologiques, 142 kanak admis dès le premier tour dont 31 mentions.
Est-ce à dire que tout va bien ? Peut-on se laisser aller à l’euphorie des pourcentages comme M. le vice-recteur ? Comme chaque année, nous avons patiemment épluché les listes des admis et des repêchés et compté les admis kanak, les admis européens et les autres (Wallisiens, Futuniens, Indonésiens, Vietnamiens,…). En l’absence de statistiques ethniques, nous nous sommes basés sur les noms de famille, ce qui, nous le reconnaissons n’est pas totalement exact, mais donne une bonne idée des résultats par ethnie.

« Les Kanak : du centre du dispositif à la portion congrue… »

Bien que représentant plus de 50 % des élèves scolarisés en primaire, les jeunes kanak sont progressivement écartés des filières les plus « nobles » du système scolaire pour se retrouver en minorité dans les statistiques globales de la réussite au baccalauréat en séries générales. En effet, on constate que les admis kanak au 1er tour ne représentent que 13,3 % des admis toutes ethnies confondues. Alors que les admis européens représentent près de 75 % bien au-delà de leur réelle représentation dans la population scolaire du pays. On constate que les autres ethnies ont un pourcentage de réussite moindre que leur part dans la population calédonienne. Les résultats en série scientifique sont particulièrement représentatifs d’un déséquilibre persistant dans la société calédonienne. Pire, les écarts se creusent par rapport à 2007 : 82 % des admis au 1er tour sont d’origine européenne contre à peine 8 % pour les kanak et 10 % pour les autres ethnies.
Notre propos n’est pas de noircir à outrance le tableau, certes, le pourcentage d’admis kanak va encore augmenter à l’issue du second tour puisqu’il y a 119 candidats kanak qui passeront le second tour sur 281 en sections générales.

« Il nous semble que l’enseignement, à l’image de la société calédonienne, reste marqué fortement par le fait colonial »

Comment expliquer de telles différences entre ethnies ? Comment se fait-il que les stratégies d’orientation des familles, des équipes éducatives reproduisent année après année une orientation massive des Océaniens en baccalauréat technologique ou professionnel et un placement majoritaire des Européens en baccalauréat général ? Il nous semble que l’enseignement, à l’image de la société calédonienne, reste marqué fortement par le fait colonial. L’immigration européenne n’est-elle pas une des causes également du fort taux de réussite des Européens ? Ainsi, en 2007, l’on comptait 392 admis européens au 1er tour des séries générales et cette année, ils sont 522 ! Une progression de 33 % contre 25 % pour les Kanak. En séries générales, force est de constater que les écarts se creusent.
Rappelons que l’année scolaire en Calédonie est amputée de deux, voire trois semaines aussi bien en seconde, qu’en première et en terminale du fait de la correction des épreuves du 1er tour en Métropole. Pour certains candidats, ces semaines perdues sont préjudiciables à leur scolarité. Nous voudrions que des discussions s’engagent avec les parents, les enseignants et le vice-rectorat pour que, dans le cadre du transfert de compétence, la correction totale du baccalauréat soit effectuée localement et que les élèves de seconde et de première retrouvent une scolarité complète jusqu’au mois de décembre, au lieu d’être « libérés », pour certains, fin octobre !
Au-delà de ces constats, on doit reconnaître que malgré le transfert de l’enseignement primaire à la Nouvelle-Calédonie, l’ensemble du système éducatif reste très proche du « modèle » français et en complet décalage avec le quotidien des enfants kanak et océaniens en général. A l’inverse, il convient à merveille aux petits Européens qui y réussissent alors que les autres doivent gérer deux modes de pensée et on peut se poser la question de la construction du savoir et du savoir-être chez ces enfants. Ici, la cohabitation de plusieurs cultures rend plus difficile l’émergence d’une école où chaque enfant se sentirait à l’aise et respecté dans ses fondamentaux culturels, mais cela ne justifie pas de continuer à imposer une école d’une seule culture, à l’ensemble de la population.
L’introduction des langues vernaculaires est, bien sûr, positive, mais elle reste encore trop timide et touche trop peu d’enfants. De même, apprendre l’histoire et la géographie de son pays est une très bonne chose, mais il y a encore beaucoup à faire pour améliorer le système dans son ensemble. Cela doit passer aussi par la formation, la décolonisation des esprits des enseignants et sans doute aussi des parents que nous sommes tous.

Maguitte Declercq et Jean-France Toutikian

 



Bac/séries générales

Admis au 1er tour

Admis kanak

Admis Européens

Admis autres

 

ES

 

Rappel 2007

253

46

18.2%

 

 

19%

173

68.4%

 

 

67.5%

34

13.4%

 

 

13.5%

 

L

 

Rappel 2007

108

21

19.4%

 

 

13 %

72

66.7%

 

 

74%

15

13.9%

 

 

13%

 

S

Rappel 2007

 

337

26

7.7%

 

10.5%

277

82.2%

 

76%

34

10.1%

 

13.5%

Total

 

Rappel 2007

698

93

13.3%

 

14 %

522

74.8%

 

73%

83

11.9%

 

13%

Commenter cet article