HALTE A LA CORRUPTION DU GRAND TUYEAU!!
ARTICLE PARU DANS LES NOUVELLES CALEDONIENNES

| Le grand tuyau pompe les usagers |
| La Chambre des comptes vient de publier un rapport saignant sur le tuyau reliant la Tontouta au Grand Nouméa. Les magistrats démontrent que le contrat avec le groupe Suez a été signé sur le dos des usagers, qui paient deux fois leur eau. Gênés, les élus concernés ont annoncé une révision de l’accord conclu avec Suez. S’ils tiennent parole, les prix baisseront rapidement de 10 à 15 %. Mais les troublantes irrégularités repérées dans cette opération soulèvent d’autres questions. Jean Lèques est bien embarrassé. Nous sommes le 25 février, et cela fait trois mois que le président du Sivu du grand tuyau (lire l’encadré) connaît le rapport de la Chambre territoriale des comptes (CTC). Un rapport sévère, qui fait rire (jaune) les hommes de loi qui l’ont eu entre les mains. « L’opération du grand tuyau ? C’est tout simple. Vous prenez de l’argent dans les poches des consommateurs, vous le mettez dans un sac et vous donnez ce sac à Suez. Et tout cela sans aucun rapport avec le service rendu ! », résume l’un d’eux, facture d’eau à la main. Le maire de Nouméa est embarrassé, donc, et il écrit au patron de la Sadet (groupe Suez), qui exploite le grand tuyau. La lettre, plutôt sèche, sera transmise à la Chambre, comme une preuve de bonne volonté. Il faut absolument changer le contrat qui lie les maires du Grand Nouméa à Suez, ordonne Jean Lèques. Trop avantageux pour l’entreprise, au détriment des usagers. « [Étant] garant de l’intérêt général, spécialement celui des usagers (...) je vous demande de donner votre accord sous quinze jours (...) A défaut, je proposerai au syndicat de prendre seul les mesures qui [s]’ imposent.» Un ultimatum, pas moins. Si le président du Sivu est aussi solennel, c’est que la chambre critique précisément la désinvolture avec laquelle « l’intérêt général des collectivités » a été traité dans cette affaire de tuyau, depuis 1998. En cause, les politiques qui ont monté le Sivu et délégué la mission de service public à Suez : Pierre Frogier, Réginald Bernut et Éric Gay (maires du Mont-Dore), Bernard Marant (Dumbéa), Harold Martin (Païta) et Jean Lèques. « L’opération du grand tuyau ? C’est tout simple. Vous prenez de l’argent dans les poches des consommateurs, vous le mettez dans un sac et vous donnez ce sac à Suez. » De la première à la dernière page du rapport, deux reproches les accablent principalement. D’abord, ils ont favorisé Suez depuis la première étude technique (1997), jusqu’au dernier avenant sur les prix (2005). Pourquoi ? Parce que, selon la chambre, jamais les arguments de la multinationale n’ont été vérifiés. Fallait-il vraiment un tuyau de 50 kilomètres, pour 8 milliards ? Fallait-il une concession de 50 ans, alors que l’entreprise se sera remboursée en 25 ans ? « Oui », a dit Suez. « Pareil », ont dit les élus. Avec la même légèreté, ils ont signé les yeux fermés dès que l’entreprise leur présentait des factures imprévues. L’exemple le plus frappant est celui des « provisions de renouvellement ». Il s’agit d’un fonds constitué pour reconstruire le tuyau après 25 ans, ce qui n’était d’ailleurs pas prévu au départ. Fixé à 44,6 millions par an dans le contrat, il est passé à 186 millions dès 2002. Il pointait à 219 millions en 2006. Comment ? Pourquoi ? Les élus n’ont pas été très curieux sur ces points, constate la chambre. Gênés, ils font désormais savoir qu’ils comptent « rapidement se doter des moyens permettant d’assurer le contrôle du contrat de concession ». Promis. Le second gros reproche est d’avoir toujours fait payer la note aux usagers. Même quand la loi imposait à Suez de la prendre en charge, en raison des « risques et périls » inhérents à toute concession. La chambre démontre qu’au moins 1,5 milliard d’investissements a été facturé aux usagers de manière injustifiée. Soit 40 000 francs par abonné. Même bienveillance politique quand il s’est agi de corriger des erreurs manifestes de l’industriel. L’avenant ajouté au contrat de concession en 2005 se pose en contre-exemple absolu de «bonne gestion publique», ce concept de droit que la chambre place en priorité absolue. En une signature, les élus ont autorisé Suez à facturer non pas l’eau vendue, mais l’eau qu’elle comptait vendre. Zéro risque pour Suez. Et une eau payée deux fois par le consommateur (lire ci-contre), indépendamment du service rendu. Heureusement, l’entreprise a répondu favorablement à la demande de Jean Lèques. Les tarifs baisseront, sans doute de 10 à 15 %. Une petite part du problème sera corrigée. Mais Suez a déjà prévenu : si le tuyau rapporte moins, « il sera nécessaire de faire évoluer les contrats avec les différentes collectivités ». En clair, augmenter le prix de l’eau qui ne vient pas du tuyau, et que la Calédonienne des eaux (filiale de Suez) facture aux communes. Pour les usagers, il ne reste plus qu’à prier pour que, cette fois, les élus veillent au grain. |
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