Grève à TDF

Publié le par NAYO

 

mardi 25 novembre 2008

Alors que les chauffeurs de Carsud sont en grève depuis 1 an, les employés de TDF entament en ce début du mois de novembre leur sixième mois de grève. Emploi local et exigence d’un service public, l’USTKE affronte des multinationales (Véolia pour Carsud, groupes américains pour TDF) qui ne veulent rien entendre à ces revendications . Mais la détermination des syndicalistes est toujours très forte. Notre solidarité les aide à tenir bon dans ces conflits longs mais légitimes.

 

La direction ignore le rééquilibrage et l’emploi local

Mardi 8 juillet, c’était la troisième intervention des forces de l’ordre sur le piquet de grève de TDF au Mont-Coffin. Cette fois-ci, après un pourparler avec les représentants syndicaux, les forces de l’ordre ont une fois de plus usé de leur pouvoir pour chasser les syndicalistes à grands tirs de grenades lacrymogènes et de flashs balls.

La centaine de militants présents dès le matin sur le piquet situé en haut de la colline surplombant la station de RFO ont été immédiatement sommés de dégager les lieux à 9 h 25.

Trois militants ont été placés en garde à vue. L’un des grévistes, Romain G., qui possédait un appareil photo numérique a été arrêté puis remis en liberté un peu avant midi. Les policiers lui ont confisqué sa carte mémoire car celle-ci montrait les exactions des policiers sur l’une des voitures d’un des militants.

L’une de nos camarades a été blessée lors de l’intervention des gendarmes.

Après la venue en Kanaky de l’ancien Premier Ministre, Michel Rocard, artisan des accords de Matignon-Oudinot, puis la visite des membres de la mission du dialogue, mais également la célébration le 26 juin dernier, par un jour chômé dans la Fonction Publique, du 20ème anniversaire de la signature de ces accords, TDF, Télédiffusion De France, apparaît comme la vérité criante d’une situation coloniale encore bien présente en Kanaky. Cette entreprise chargée de la diffusion des programmes radio et TV de RFO, son principal client, achemine le son et les images via son réseau de relais implanté sur tout le pays.

Sur les deux dernières années, six agents locaux sont partis à la retraite. A ce jour, TDF n’a remplacé ces six départs que par un seul recrutement local. Après plus de 20 ans de présence sur le territoire, TDF et sa direction ont du mal à évoluer avec l’histoire locale et ignorent la question du rééquilibrage et les accords dont elle est issue.

TDF ne compte aujourd’hui aucun Kanak dans ses effectifs. Dans cette logique, elle a renforcé son effectif d’encadrement métropolitain, au détriment d’un poste occupé par un local. Le niveau de certains techniciens et cadres expatriés est compris entre le baccalauréat et le bac + 2, souvent inexpérimentés, que l’on pourrait trouver au pays. Alors que notre pays vient d’applaudir son millième « cadre avenir »...

 

Un manquement aux accords politiques

Le Directeur de TDF, ne sachant probablement pas qu’il s’agit là d’une opération de rééquilibrage née des Accords de Matignon-Oudinot de 1988 et prolonger par l’Accord de Nouméa en 1998, pour la formation de jeunes cadres kanak (80 % des dossiers) afin de contribuer au partage des responsabilités dans les différents secteurs de la vie économique sociale et culturelle dans notre Pays.

 Un tel manquement aux accords politiques qui ont permis le retour à la paix civile dans notre Pays, constitue en soi un scandale, mais ne suffit pas à mesurer le caractère réfractaire de cette entreprise dont beaucoup ignorent localement le statut actuel.

TDF continue de bénéficier des largesses obtenues grâce à son ancien statut. On ne compte plus le nombre de fois où les communes ont été sollicitées pour rétablir les pistes menant à ses émetteurs ou encore les mises à disposition gracieuses du foncier pour héberger ses pylônes. Tout cela n’a plus sa raison d’être avec le statut de TDF aujourd’hui qui monnaie ses services dans un secteur ou le projet de la TNT aiguise les appétits !

 

 

Exiger un service public équitable

Ajoutez à cela la qualité de service public qui ne peut être rendue pareillement selon que l’on soit à Nouméa ou à Pouébo, à Ponérihouen ou à Lifou. Toute l’équipe étant constitué de 6 techniciens actuellement basés à Nouméa sur les hauteurs du Mont Coffyn. Donc essayez d’ imaginer le temps d’intervention qu’il peut y avoir en cas de panne des émetteurs entre toutes ces communes. Les habitants de ces villages cités plus haut sont dans leur droit d’exiger un service public équitable au bénéfice de tous les citoyens.

Et nous ne redétaillerons pas les descentes policières sur le piquet de grève du STKE/TDF au nom de la sacro sainte loi réservée au « site sensible » qui ne nécessite pas, semble t-il, de recours à un référé d’expulsion.

Il faudrait que la situation de TDF soit clarifiée, et que les institutions réfléchissent à nouveau sur le type de partenariat avec cette multinationale. TDF et son directeur arrivé depuis le début de cette année, doivent aujourd’hui comprendre que le maintien tout comme le développement de sa filiale locale ne sont plus possibles sans les gens du pays et que le pylône du Mont Coffyn n’est pas la tour Eiffel tout comme Nouméa ne sera jamais Paris.

En recourant au service des expatriés, à l’image de l’actuel responsable de la maintenance, aux pratiques douteuses, pour faire taire les revendications légitimes émanant de son personnel, le directeur trouvera toujours en face de lui l’USTKE.

L’USTKE qui lui rappelle qu’elle ne pourra sortir de ce conflit que par un protocole de fin de grève et que tant qu’aucune discussion ne sera engagée son piquet de grève restera en place.

 


 

TDF en chiffre

 

TDF n’emploie que 12 personnes dont 5 cadres, 1 secrétaire et 6 techniciens en Kanaky et y compris Wallis et Futuna.

1975 : création de TDF. Jusqu’en 1991, la société était une filiale à 100% de France Télécom. En 1987 : TDF devient une société anonyme.

A partir de 2002, évolution du capital de la société dont France Télécom ne détient plus que 36%.

En 2005 nouvelle évolution du capital, puis en 2006 avec au final la quasi totalité du capital de la société détenue par des fonds de pension américains (TPG détient 42 % , CDC 24 % , Axa Private Equity 18 %, et Chaterhouse 14 % )

5 500 salariés dont 2400 à TDF SAS

8100 sites dont 1400 hors France

Le chiffre d’affaire 2007/2008 dépasse le milliard d’euros.

Cet établissement public est la propriété de groupes financiers dont la principale préoccupation est de faire du chiffre. Derrière l’appellation TDF nous avons à faire à une multinationale, encore une, pour qui Kanaky est un marché qui rapporte.

 


 

Pour soutenir les grévistes et leurs familles, vous pouvez adresser un chèque à l’ordre de l’USTKE, à l’adresse : Solidarité USTKE, 21ter rue Voltaire, 75011 Paris.

 

 

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